La commission d'hygiène industrielle a procédé, dans sa séance du 4 juillet 1951, à l'examen des maladies professionnelles provoquées par le thiophosphate de diéthyle et paranitrophényle, plus connu sous les dénominations de E. 605, parathion, SPN et PAO.

Ses dilutions sont utilisés, à l'état pulvérulent ou liquide, à des fins agricoles en qualité d'insecticides sous des appellations commerciales diverses : paraphène, phosphénol, novémol, rhodiatox, typhon, pacol, etc.

Ce produit est très toxique et peut engendrer des troubles digestifs généraux, respiratoires et nerveux. Son action nocive, au cours de sa fabrication ou de la préparation des insecticides et de leur manipulation, est plus à craindre par voie cutanée et par inhalation que par ingestion.

La commission a estimé qu'il y avait lieu d'inscrire les affections qu'il provoquait aux tableaux des maladies professionnelles annexés au décret du 31 décembre 1946 portant règlement d'administration publique pour l'application de la loi du 30 octobre 1946 sur la prévention et la réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles. Cette inscription a fait l'objet du décret du 3 octobre 1951, publié au Journal officiel du 21 octobre (tableau n° 34).

Mais, en matière de prévention, elle n'a pas jugé utile de prévoir un décret spécial. Il lui est apparu, en effet, que l'observation rigoureuse des mesures prévues par le décret du 10 juillet 1913 modifié (notamment celles des art. 1, 6, 7, 8, 8 a et 8 b) et par le décret du 26 novembre 1946 sur l'organisation des services médicaux du travail s'avérerait suffisante. Elle a jugé opportun toutefois de préciser aux intéressés la façon la plus rationnelle de s'y conformer et d'insister sur l'intérêt de prendre les précautions recommandés ci-après.

La fabrication du thiophosphate de diéthyle et paranitrophényle, ainsi que la préparation des insecticides devraient s'effectuer en appareils clos.

L'ensachage ou l'emballage de ces produits doit être automatique.

Les poussières ou vapeurs doivent être captées et aspirées aux lieux de production.

Les ateliers seront abondamment aérés, les parois et le sol devraient être imperméables, le sol étant en pente pour faciliter les lavages fréquents. La neutralisation du produit épandu par de la soude alcoolique cinq minutes au moins avant le lavage est recommandée.

Les ouvriers exposés doivent éviter tout contact cutané prolongé avec ces produits. Toute souillure accidentelle de la peau devra être immédiatement lavée ; si le lavage à l'eau apparaît insuffisant, l'eau de Cologne ou l'alcool ordinaire, à l'exclusion de l'alcool méthylique, pourront être utilisés. L'ouvrier veillera, en outre, à ne pas remettre de vêtements de travail souillés. Ces derniers devront être tenus en état de propreté par des lavages fréquents. Il y aurait intérêt à utiliser des vêtements blancs pour déceler plus facilement les souillures qui sont de couleur jaune.

Aux postes exposant particulièrement à l'inhalation de poussières ou de vapeurs, les ouvriers seront munis de masques efficaces maintenus en bon état de fonctionnement.

Les ouvriers doivent avoir une armoire vestiaire individuelle à deux compartiments ou, si possibles, deux armoires vestiaires séparées pour éviter toute possibilité de souillure des vêtements de ville par les vêtements de travail.

Les ouvriers seront invités à prendre une douche après chaque séance de travail.

Les ouvriers éviteront d'absorber toute boisson ou tout repas sur les lieux de travail et se laveront soigneusement les mains avant de boire ou manger.

L'intoxication par le thiophosphate de diéthyle et paranitrophényle se manifeste très rapidement. Elle doit être considérée, jusqu'à nouvel ordre, comme étant de type aigu. Elle ne peut donc survenir plus de deux ou trois jours après la cessation de l'exposition au risque.

Quel que soit le mode d'introduction de l'agent nocif dans l'organisme (cutanée, respiratoire ou digestive) les troubles consécutifs à l'intoxication se présentent toujours de la même façon car ce toxique agit par voie humorale. Son action est essentiellement muscarinique. Elle est suivie d'une phase nicotinique dans les cas d'intoxication sérieuse.

Que l'intoxication soit légère ou grave, les troubles digestifs, généraux et vasculaires sont constants. Ils se caractérisent par des crampes épigastriques ou abdominales, des nausées, de l'amblyopie avec ou sans myosis, de l'hypersalivation et de la bradycardie. Dans les cas graves s'ajoutent des signes pulmonaires et des signes nerveux qui aboutissent au coma.

Cette intoxication appelle des soins immédiats. Aussi dès les premiers symptômes, et même en cas de doute, il est recommandé :

  • de conduire l'intéressé à l'infirmerie;
  • de le laisser à jeun et surtout de ne pas lui faire absorber du lait ni aucun aliment gras;
  • d'alerter d'urgence le médecin pour que ce dernier fixe la dose d'atropine à administrer, soit par voie buccale, soit par injection et apprécie l'éventualité d'un traitement complémentaire (respiration artificielle, oxygénothérapie, analeptiques périphériques et centraux, substances antinicotines telles que le diparcol ou le parsidol). L'emploi de la morphine est contre-indiqué pour lutter contre l'intoxication.

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